Le testament olographe

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Olographe, du latin hŏlŏgrăphus, issu du grec ancien ὁλόγραφος, adjectif qualifiant ce qui est « écrit en entier de la main de l’auteur »1.

§1. Objet. Le testament olographe est la plus simple et la plus répandue des formes testamentaires (articles sur le testament authentique et testament mystique à venir). Simple, parce qu’un rien lui suffit pour rendre témoignage par devant l’avenir à celui qui l’écrit. Ni le support, ni la matière, ni la langue n’entrent en compte pour en déterminer la valeur. Répandu, probablement parce qu’il ne coûte rien, sinon qu’un face-à-face éprouvant, plume à la main, avec la vie, la mort, le temps, et l’oubli. Les contours juridiques du testament olographe peuvent être aisément révélés au moyen des deux substantifs qui servent à le désigner : un testament … — nous entendons, , parmi les écrits des hommes, ceux qui ont un contenu à valeur testimoniale ; … olographe — nous entendons, parmi les testaments écrits à la main, ceux qui peuvent être qualifiés d’olographes selon les conditions de forme prescrites par le droit.

§2. Remarque. Les conditions relatives au contenu d’un testament olographe feront l’objet d’un article à part entière, puisqu’elles sont communes à toutes les formes de testaments ; ne seront traitées ici que les conditions de forme.

Code civil, article 870. « Le testament olographe ne sera point valable s’il n’est écrit en entier, daté et signé de la main du testateur : il n’est assujetti à aucune autre forme. »

I. Écriture manuelle

Civ., 18 mai 1936. « Pour être valable, le testament olographe doit avoir été non seulement daté et signé, mais encore écrit en entier de la main du testateur ; un texte obtenu mécaniquement au moyen des caractères impersonnels d’une machine à écrire ne répond pas à cette dernière condition, exigée impérativement, tant à titre de précaution contre les falsifications possibles du testament olographe que pour assurer l’expression exacte et fidèle, par le testateur lui-même, de ses libres volontés. »

§3. Instrument et support. Le testament olographe doit être écrit en entier de la main du testateur. L’emploi de tout instrument dactylographique est donc prohibé (machine à écrire, ordinateur, smartphone). Cependant, dès lors que c’est sa main qui écrit, le testateur peut choisir librement l’instrument et le support. Un testament olographe peut être écrit avec de l’encre ou du sang, être peint ou gravé, sur une toile ou sur un mur, sur les carreaux d’une chambre ou sur le bras du testateur, etc. L’essentiel est qu’il soit lisible, et que l’écriture du testateur soit reconnaissable (Cass. 1ère civ., 8 avril 1986).

§4. Langue et expression. La langue française n’est pas imposée pour la rédaction d’un testament olographe. Un testament peut être écrit en langue étrangère, ou même dans un langage secret, si une traduction est possible. Les fautes d’orthographes, de conjugaison, de syntaxe ne sont pas disqualifiantes. Cependant, il est conseillé de bien rédiger le testament, afin que ceux qui seront chargés de le mettre à exécution n’aient aucun mal à en interpréter le contenu. Par exemple, s’il est écrit «Je veux léguer à ma soeur tous les biens de ma maison que j’ai reçu de mon père », deux interprétations s’affrontent en raison du défaut d’accord du participe passé du verbe «recevoir » : soit le testateur veut léguer à sa soeur tous les biens qui se trouvent dans la maison que son père lui avait donnée, soit le testateur veut léguer à sa soeur, parmi les biens qui se trouvent dans sa maison, ceux qu’il avait reçus de son père…

§5. Testament à main guidée. Il n’est pas permis qu’un tiers écrive le testament à la place du testateur. Cependant, une personne trop faible pour accomplir cet exercice de volonté peut se faire aider d’un personne de confiance, à deux conditions : 1°) l’écriture doit être celle du testateur ; 2°) le testament doit être l’émanation de la volonté du testateur, et non du tiers de confiance.

II. Datation

Civ. 1ère, 10 mai 2007. « En dépit de son absence de date, un testament olographe n’encourt pas la nullité dès lors que des  éléments intrinsèques à l’acte, corroborés par des éléments extrinsèques, établissent qu’il a été rédigé au cours d’une période déterminée et qu’il n’est pas démontré qu’au cours de cette période le testateur ait été frappé d’une incapacité de tester ou ait rédigé un testament révocatoire ou incompatible. »

§6. Exigence. A peine de nullité, tout testament olographe doit être daté du jour, du mois et de l’année de sa rédaction. La date est utile à deux points de vue : d’abord, afin de savoir si le testateur était alors capable de tester ; ensuite, pour connaitre, en cas de pluralité de testament, lequel, étant le dernier, a vocation à être exécuté. La date peut être apposée avant ou après les dispositions testamentaires ; elle doit être mentionnée à côté de chaque rature, modification ou ajout.

§7. Tempérament. Cependant, les juges sont souples avec l’exigence de datation. Aussi, est-il admis que la période de rédaction puisse se déduire d’éléments intrinsèques au testament dès lors que, corroborés par des éléments extrinsèques, il n’est pas de doute sur la capacité du testateur durant la période de rédaction ou sur la concurrence d’autres testaments. Ainsi, il est possible de déterminer la période de rédaction d’un testament qui dispose : « A mon fils Kévin, qui fête ses 17 ans cette semaine, je lègue ma collection de montres ». Si pour la semaine des 17 ans de Kevin, son père était juridiquement capable de tester et qu’il ne se trouve pas de testament révocatoire ou incompatible daté de cette même semaine, alors le testament olographe est valable. Il est néanmoins recommandé de ne pas avoir recours à ce genre de procédés qui peuvent être sources de contentieux (souvent juge varie, bien fol qui s’y fie).

II. Signature

§8. Le testament olographe doit être signé de la main du testateur, à la fin du testament, et à côté de chaque rature, modification ou ajout . La signature peut être complexe, stylisée ou calligraphiée, pour peu que ce soit celle du testateur ; elle peut aussi se satisfaire d’un nom et d’un prénom. Un surnoms peuvent suffire à remplir la condition de signature, dès lors qu’il n’y a pas de doute possible sur l’identité du surnommé.


  1. Félix GAFFIOT, Dictionnaire latin français, Hachette, 1934